Séquence émotion : Lion

Après l’intense bonheur que m’a procuré le visionnage de La La Land et l’écoutage en boucle de sa BO pendant les quinze jours suivants, il fallait que je sois sûre de mon choix en retournant m’enfermer dans une salle obscure pour une nouvelle découverte cinématographique.
Quand on m’a parlé de Lion (et qu’on m’a vendu le concept copines/tapas/vin rouge/séance ciné), je me suis dit que ça valait le coup de tenter. Et je n’ai pas été déçue !

Ce qui fait la force et la beauté de ce film c’est avant tout son histoire, tout simplement parce qu’elle est vraie : partant de ce postulat, on ne peut que retenir son souffle à chaque minute.
L’histoire, c’est celle de Saroo, un petit indien de cinq ans qui veut faire comme son grand frère, en l’accompagnant partout où il va, même quand il travaille la nuit. Un jour, alors qu’il patiente dans une gare en attendant son retour, il part en exploration dans un train et s’y endort. Quand il se réveille, le train roule, et il est seul. Il ne pourra en descendre qu’à Calcutta. Réussissant à survivre dans cette ville immense et hostile, il se fait recueillir par un orphelinat et adopter par un couple d’Australiens. Mais 25 ans plus tard, sa véritable famille lui manque toujours : il décide alors de se lancer l’impossible défi de les retrouver.

Lion

Ce film est très fort. Ah je l’ai déjà dit ? Pardon. Mais c’est la vérité. Lion nous offre une plongée dans l’Inde des années 1980, dans tout ce qu’elle a de beau comme de difficile, de cruel. Les paysages sont aussi vastes et majestueux que les villes sont effrayantes, immenses, grouillantes. On imagine mal combien d’enfants y sont perdus, ignorés, malmenés, pris pour morts. Et ça fait réfléchir. A nos privilèges, à notre confort, à nos problèmes qui n’en sont pas vraiment. Parce que le destin de Saroo est incroyable, que sa survie est inespérée, et qu’on se rend bien compte que beaucoup d’autres comme lui n’ont pas cette chance.

Cette richesse d’émotions est joliment mise en scène à travers des plans contemplatifs, magnifiés par des airs de violon (ok dit comme ça, ça fait hyper nunuche, mais je vous jure qu’en vrai c’est pas le cas !) ou juste par le silence. Tout simplement.

Je vous le recommande donc chaudement, mais d’ici quelques mois sur votre canap’, car il n’est (presque) plus en salles…

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La La Land, ou l’émerveillement à l’état pur

Je dois vous avouer quelque chose. Je sors de La La Land. Et la seule chose que j’ai envie de dire, c’est qu’il m’a rarement été donné de voir un film qui rend aussi heureux.

Je pourrais m’arrêter là, car cette phrase résume parfaitement l’état de béatitude qui a pris possession de mon corps depuis que je suis rentrée chez moi. Mais je vais quand même faire l’effort de vous expliquer brièvement pourquoi, si bien sûr je trouve par quoi commencer…

La beauté des acteurs ? Une Emma Stone rayonnante et un Ryan Gosling touchant (je ne vais pas dire charmant parce que c’est un adjectif bien trop commun pour le décrire) crèvent l’écran par leur grâce et leur simplicité. Ils nous offrent un ballet d’une sensibilité magistrale, qu’on ne lâche pas des yeux deux heures durant.

La musique ? C’est peu dire. Les thèmes enjoués qui font taper du pied et qui donnent des frissons tant leur mise en scène est juste se mêlent aux mélodies émouvantes que l’on fredonne malgré soi, et la bande originale est déjà un classique qu’il faut ajouter sans plus attendre à sa bibliothèque musicale. (C’est déjà fait pour moi, soit dit en passant !)

La photo ? Damien Chazelle a su bien s’entourer et créer un univers féérique, jouant avec les couleurs comme personne. Lumière, peinture, décors, vêtements, ciel… Rien n’est laissé au hasard, chaque tableau reflétant une ambiance particulière, toujours un peu acidulée, pétillante, gaie. C’est un Los Angeles pop et infiniment romantique qui y est dépeint, de quoi faire rêver !

Je pourrais aussi vous parler des chorégraphies, éblouissantes de fluidité et de technique (on peut souligner l’abnégation des acteurs qui ont passé de longues heures à apprendre la maitrise du piano et des claquettes), des costumes apportant une touche vintage délicieuse dans cet hommage résolument moderne aux grands classiques du genre – le réalisateur s’étant inspiré de l’univers de Jacques Demy et ses Parapluies de Cherbourg.

L’histoire, enfin. Celle d’une rencontre, comme on aime en voir, comme on aime en vivre, que l’on aime aimer. Racontée avec délicatesse et poésie, c’est une histoire qui fait sourire, qui fait rire aussi, qui remplit d’espoir. La La Land donne envie de vivre ses rêves, de mettre un peu de légèreté partout… Et surtout d’apprendre à danser ! (et aussi un peu de refaire sa garde-robe pour devenir aussi classe que Mia et Sebastian).

Ah ! Qu’est-ce que j’ai aimé ce film. Je ne le dirais jamais assez. C’est sublime. Juste sublime.

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BO – La La Land

La surprenante Danish Girl

Je prends le métro un matin, à peine levée et déjà fatiguée de ma journée. Une fille tient le journal quotidien gratuit, qui pend nonchalamment le long de sa cuisse. Au dos, l’affiche énigmatique de The Danish Girl.
Le visage fin et joliment maquillé  d’Eddie Redmayne m’attire le regard, je le détaille, le fixe, j’ai envie d’en savoir plus.
Un peu plus tard, donc, je découvre que The Danish Girl est l’histoire vraie d’Einar Wegener, artiste Danois qui va devenir Lili Elbe : c’est la première personne de l’histoire à subir une opération pour changer de sexe.

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Imaginez. Dans le paisible et festif Copenhague d’entre deux guerres, en 1929, Gerda et Einar Wegener vivent entre leur chambre et leur atelier de peinture, au rythme des bals et des vernissages, des répétitions de danse de leur amie Oola.
Un jour, Gerda est invitée à un bal, Einar n’aime pas les bals. Mais il veut l’accompagner. Ils décident alors de le travestir en femme, pour le rendre incognito et duper le gratin danois. Mais ce qui n’était qu’un jeu éphémère devient une idée de plus en plus entêtante pour Einar, qui se laisse peu à peu habiter par son personnage féminin, Lili.

Commence alors le parcours intense et, dans un sens, douloureux, d’un homme qui ne se reconnait plus dans son corps, et qui va trouver son salut sous les traits d’une femme, malgré les embuches semées par les médecins qui le prennent pour un fou. De son histoire d’amour qui va tenter de résister à cette transformation profonde, entre incompréhension et désir d’être présent l’un pour l’autre.
Eddie Redmayne et Alicia Vikander livrent ici un jeu brillant, leurs émotions à fleur de peau, révélant toute la difficulté que représente une telle transformation pour un couple, entre dilemmes, sacrifices et joie profonde. Deux êtres qui s’aiment, mais qui ne peuvent plus s’aimer, en quelques sortes. Cela leur a d’ailleurs valu une nomination aux Oscars comme meilleur acteur pour lui, et comme meilleure actrice de second rôle pour elle.

photo-the-danish-girlTom Hooper, réalisateur que l’on avait déjà beaucoup apprécié pour Le Discours d’un Roi, a su les mettre en valeur dans des plans déstructurés, qui accrochent le regard. Les paysages, évidemment, sont d’une poésie rare, bien que le ciel soit souvent gris. Entre les arbres nus, les étendues d’eau et les maisons colorées, on ne peut que tomber amoureux du Danemark, si ce n’était pas déjà fait.

Et puis quand même, gros coup de cœur pour Matthias Schoenaerts, qui fait quelques remarquables apparitions (en toute objectivité, bien sûr).

Yves Saint Laurent

YSL. Ces initiales mythiques, tout le monde les connaît. L’homme qui se cachait derrière, beaucoup moins. C’est peut-être pour cela que Jalil Lespert a choisi de lui rendre un hommage. Mettre une vie sur ce visage. Des douleurs. Une histoire.

On revient dans les années soixante et leur faste si particulier. Les femmes sont en robe, l’esprit est frivole, on mange, on sort, on boit, et on fume. Beaucoup. On y aperçoit un Karl Lagerfeld aux cheveux courts et noirs, l’air constamment dubitatif. Charlotte Le Bon, qui campe le rôle de Victoire, amie et mannequin d’YSL, est tout simplement sublime.

Et puis il y a tout le reste.

La vie de Saint Laurent se déroule, sans qu’il n’y ait forcément besoin de mots pour en comprendre l’essence. On le voit évoluer, s’affirmer, s’affranchir de cette fragilité pour casser les codes et devenir le génie qu’il a toujours été. Ce n’est plus un jeune homme timide et tremblotant. Délicat. C’est un artiste. C’est un maniaco-dépressif qui oscille entre tous les excès, toutes les décadences : la colère, l’amour, l’infidélité, la drogue, l’alcool.

YSL est insondable. Peut-être même incompréhensible. Mais il a trouvé son ange gardien : c’est Pierre Bergé. L’homme de sa vie, joué par un Guillaume Gallienne infiniment beau, à la patience émouvante, plus encore que touchant. Sa dévotion n’a pas d’égal.

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Ce film est beau. Les scènes sont belles, sont poétiques. Les défilés sont raffinés, les époques parfaitement retranscrites. La musique évolue avec le temps, le personnage, ses humeurs. On commence par du classique, pour glisser vers du jazz, un peu de rock, un opéra pour la majestueuse scène finale.

Lespert a réussi. Et ça n’aurait pas eu la même saveur, il faut le dire, sans le jeu de Pierre Niney, assez exceptionnel.

Franchement, 2014 commence plutôt bien.

“Avec lui je fais le clown. Toi tu m’inquiètes. Tu me troubles.”

Jacques De Bascher à Saint Laurent

Séance du week-end : La Vie d’Adèle

N’allez pas croire que c’est simplement une histoire palme d’or qui m’a décidé à aller m’enfermer trois heures de temps dans le noir avec des inconnus. Par contre mon désespoir devant la pluie, les 15° dans mon appartement et mon TD d’éco sur l’attractivité de l’Allemagne, peut-être un peu plus… Non, sans rire, j’étais curieuse. Curieuse de découvrir le film qui se cachait derrière mille polémiques, le film qui depuis sa sortie mercredi croule sous les éloges, le film qui raconte une histoire apparemment banale, le film où Léa Seydoux a les cheveux bleus.

Voilà donc ma curiosité satisfaite. Place aux impressions.

La Vie d’Adèle est saisissant par son réalisme. Et c’est probablement là sa plus grande force. Que ce soit à travers les dialogues, crédibles et justes du début à la fin, ou à travers les images, d’un parlant et d’une intensité rares, le film transporte parce qu’on s’y voit, qu’on comprend tout, qu’on ressent tout.
C’est ce réalisme qui le rend si esthétique, et ça, Kechiche va parfois le chercher dans l’inesthétique : beaucoup de gros plans qui mettent à nu les moindres détails, des scènes de repas presque répugnantes ; mais aussi des instants de vie capturés sans musique et sans parole, juste les personnages qui sont là, qui prennent toute la place. Et c’est beau.
Il faut dire que la performance d’actrice d’Adèle [Exarchopoulos] est assez bluffante. La détresse, l’incompréhension, les doutes, la solitude, tout passe par ses regards et ses silences. Le film monte et redescend ainsi en émotion, alternant des scènes, disons, banales et des scènes d’une force incroyable. Une notamment entre elle est ses amies de lycée, d’une violence psychologique terrible, qui m’a quasiment fait perdre mon souffle. Car l’histoire, c’est finalement celle d’une vie, dans toute son entièreté, et pas seulement celle d’un amour entre deux filles, comme ont pu le souligner toutes les controverses.

Pour tout ça, et parce que le réalisateur à même réussi à traduire des pensées rien que par l’image, ça vaut le détour.

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Cependant, ce serait mentir que de dire que je suis totalement unanime à propos de ce film. Déjà, il est un peu long. Bon ok, il est trop long tout court. Si certaines scènes ont toute leur place malgré leur manque apparent de sens ou de profondeur, certaines autres sont justes inutiles, et s’étirent indéfiniment pour ne finalement rien nous apprendre.
Il y a aussi cette scène d’amour entres les deux actrices, qui ne déroge pas à la règle du “réalisme”, et qui est donc filmée sans fard, comme ça, brute. Oubliez le romantisme sexy et la suggestivité qui sont de mise d’habitude. Au début, ça ne choque pas, ça s’inscrit dans le style du reste. Les deux premières minutes s’écoulent, et il faut bien avouer qu’il n’y a (bizarrement ?) rien de pornographique là-dedans. Mais ensuite, ça continue. Longtemps. Et là ça devient carrément perturbant. Et on a envie que ça s’arrête*.
Troisième bémol (et ensuite je m’arrête promis), le manque de joie de vivre de l’actrice principale. Elle est excellente, il n’y a pas de doute là dessus, mais semble constamment perdue, triste, ailleurs, souris très peu, comme si elle vivait sa vie sans la vivre vraiment. C’est probablement pour les besoins du personnage, oui bien sûr, mais quand même. A la fin on envie de la secouer un peu quoi.

 

Pour résumer, avis en demie teinte, et j’aime pas ça. Non vraiment je déteste être perturbée par un film (ou autre chose peu importe), ne pas savoir si j’ai réellement aimé ou non. Je préfère lorsque c’est tout noir ou tout blanc. Là il faudra donc se contenter de l’entre deux, mais j’ai quand même envie de vous encourager à aller le voir. Rien que parce que ça change. Ca fait du bien quelques fois de regarder des films sans une intrigue de fond à couper le souffle, mais juste une histoire qui se déroule et qui nous ramène à nous. Une histoire pour laquelle on vibre quand même quelques fois.

 

* Un conseil : n’y allez pas avec vos parents.